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  • Anglet: du sable plus qu'il n'en fallait, la vraie histoire! 6/6

    Au début des années 1960, l'augmentation des prélèvements en sable à l'embouchure de l'Adour et la construction de la grande digue du Boucau vont conduire à une catastrophe écologique:

    B- Accélération de l'érosion artificielle de la côte Angloye de 1960 à 1975.

    Alors qu'il avait pour coutume de draguer 350 000 m3 par an, le port de Bayonne va extraire en 1961, 680 000 m3 de sable (14). La disparition de ce stock va rapidement se faire ressentir au sud d'Anglet avec les premiers désordres contre le quai la même année, avant de provoquer le début de la chute du mur de soutien en 1963. Les extractions par la terre s'intensifient aussi de chaque côté de la sortie du fleuve pour le compte des entreprises de travaux publics qui prélèvent chaque année 600 000 mètres cube...(14)

    En 1963, la construction de la digue du Boucau, longue de 1100 mètres, vient se dresser comme un rempart contre la dérive naturelle du sable. Les plages d'Anglet sont désormais enclavées entre la pointe Saint Martin et la grande digue nord. Cet édifice artificiel, le plus grand d'Aquitaine, est à l'origine d'un contre courant sud-nord devant la côte angloye. (15 et 16 page 69)

    Embouchure de l'Adour

    Schéma U d'une photo aérienne faite à l'embouchure de l'Adour dans les années 1980 et retouchée par nos soins.

    Sur le schéma U, le courant littorale est représenté en bleu. Ce courant côtier nord sud se transforme en contre-courant devant les plages d'Anglet suite à sa rencontre avec la digue nord. Ce contre courant vient mourir derrière la digue. Le sable fin, emporté par ce courant côtier, suit la flèche jaune jusqu'au chenal pour se déposer dans le cercle jaune. C'est là qu'il sera dragué pour libérer l'accès aux navires de commerce. (11 page 90-91)

    Par ailleurs, plus aucun sable n'arrive naturellement sur les plages d'Anglet, ni par la dérive littorale aquitaine coupée par la grande digue, ni par le fleuve suite à la construction au cours du 20 ème siècle de 188 barrages hydro-électriques, véritable piège à sable sur le bassin versant de l'Adour(17), aux extractions de matériaux qui ont lieu dans le lit du fleuve et de ses affluents, aux dragages de l'estuaire pour maintenir des profondeurs artificielles dans le port (14 et schéma V).

    origine de l'ensablement de l'entrée de l'adour

    Schéma V: origine du sable dragué à l'entrée de l'Adour. (Origine Lasagec2 voir 20)

    Ainsi, cette digue s'impose comme le grand accélérateur de l’érosion des plages d'Anglet. On drague maintenant deux fois plus de sable qu'avant, le littoral angloy étant devenu l'unique contributeur! Au 700 000 mètres cubes retirés tous les ans par la mer, il faut rajouter les 150 000 mètres cubes de madragues extraites de la plage de la Barre soit un total de 850 000 mètres cubes! (2; 16 p69) La sanction est immédiate avec une accélération effrayante de l'érosion des plages. Elles reculent alors par dizaines de mètres tous les hivers et font la "une" répétée du journal Sud-ouest. Une profonde émotion et une forte inquiétude s'emparent de la population locale qui s'interroge?(18)

    Plage du Club

    Plage du Club 1961/1974, les vagues ont décaissé l'estran mettant à nu les fondations du mur

    Plage de la petite chambre d'Amour 1971-1975

    Plage de la Petite Chambre d'Amour 1971/1975, le décaissement de la plage met en péril le VVF.

    Marinella 1972-1975

    Plages centrales et nord de la côte angloye 1972/1975. L’hôtel Marinella construit en 1962 à 40 mètres du mur de soutien est peu à peu isolé de la côte pour former une presqu’île.

    Entre 1963 et 1973, la côte a reculé de 40 mètres en moyenne, soit 4 mètres par an, le maximum de régression se situant à la plage de la Madrague, avec 4,7 mètres par an. L'érosion qui touchait surtout les plages nord au début, gagnent de plus en plus vers le sud au cours du temps.(30, page 52)
    En 1969, la société foncière de Biarritz Anglet ayant perdu des surfaces de terrain considérables en front de mer intente un procès contre l'Etat, alors propriétaire des infrastructures portuaires.
    Le 18 Novembre 1974, le tribunal administratif de Pau rend son verdict dans cette affaire. Il tient responsable l'Etat à hauteur de 80% des pertes causées par la construction de la grande digue du Boucau et par le dragage intensif de l'embouchure du fleuve.(19)
    Pourquoi une telle sanction? Un rapport montre qu'en 1957 le Laboratoire National Hydraulique du Chatou, qui avait à l'étude la construction d'un avant port à l'embouchure de l'Adour, a éludé volontairement le problème d'érosion des plages d'Anglet avec la construction d'une seule digue au lieu de deux initialement prévues, par crainte de trouver des conclusions qui auraient remis en cause le projet. Le procès a reconnu que la digue avait modifié les courants devant les plages d'Anglet et que le stock de sable dragué à l'entrée de l'Adour était équivalent au stock qui disparaissaient simultanément devant les plages. Le procès sera porté en conseil d'état en 1986 qui baissera la responsabilité de l'état à 50% car le volume de sable issu de la dérive littoral nord-sud stoppé par la grande digue n'a pu être évalué précisément.(14)

    C- Gestion du trait de côte angloy de 1975 à nos jours.

    D'un côté, le domaine public maritime prend à sa charge la problématique dès 1975 en arrêtant les extractions de madrague littorale à l'entrée de l'Adour, en construisant 6 épis inesthétiques au sud de la côte angloye pour empêcher le départ du sable vers l'entrée de l'Adour, et en mettant en place le clapage côtier à ses frais pour ramener le sable angloy qui s'est déposé dans le chenal devant la grande digue (cercle jaune du schéma U). Les ouvrages de défense et le rechargement quasi constant des plages d'Anglet conduisent vers une maîtrise des processus qui n'ont plus de rapport avec une évolution naturelle.(29) Les plages de la Chambre d'Amour se maintiennent en l'état jusqu'en 1990. Le nord de la côte angloye, lui, est en perpétuelle érosion sur toute la période.
    D'un autre côté, les élus locaux s'organisent pour modifier le PLU en 1976 et geler les terrains situés en front de mer afin d'éviter des constructions lourdes qui pourraient être en danger dans l'avenir et ce, 10 ans avant la création, au niveau nationale, de la loi littoral!

    A partir de 1991, les apports artificiels par clapage côtier sont fortement réduit et le volume sédimentaire des plages chute rapidement.(15) Une nouvelle accélération de l’érosion se met en place. Les plages d'Anglet reculent à nouveau car la drague ne ramène plus sur la côte que 12% du sable prélevé à l'embouchure.

    Activité de dragage à l'entrée de l'Adour 1974-2007

    Schéma W: activité de dragage à l'entrée de l'Adour et clapage côtier de 1974-2007 origine Casagec (20)

    La raison d'une telle baisse des volumes ramenés à la côte s'explique par la mise hors service de la drague à demeure en 1991.(schéma w) Les opérations de maintien des profondeur/clapage côtier sont alors sous traitées par une compagnie deux fois par an, et ce, quelles que soient les conditions météorologiques.
    En 1999, le port de Bayonne est fermé durant plusieurs semaines suite à un hiver très agité où la drague de la compagnie n'a pas le temps de venir rétablir expressément le chenal pour le passage des navires de commerce.
    Au début des années 2000, les responsables des infrastructures portuaires font une nouvelle erreur lors de la création de la "fosse de garde" qui est un piège à sable angloy situé juste à côté du chenal de l’embouchure afin d'éviter de nouvelles fermetures du port lors des hivers très actif. En effet, près de 1 100 000 m3 de sable fin angloy seront dragués devant la plage de La Barre et perdus au large soit l'équivalent de 3 fois le volume de la tour Montparnasse(schéma W) Ainsi, la sanction du tribunal administratif de Pau de 1974, révisée en 1986, s'est perdue au fil du temps dans les arcanes de l'administration publique… Idem pour les contribuables angloys qui en payent une fois de plus le plus lourd tribut.
    En 2004, nouveau coup dur pour les plages puisque le clapage côtier est définitivement stoppé par la volonté du président de la communauté d'agglomération du BAB, ancien Maire de Biarritz, pour des suspicions de pollution de ses plages, suspicions jamais avérées… Personne ne s'opposera à cette décision, dont les conséquences vont être une nouvelle fois désastreuses pour les plages!
    La même année, la promenade Victor Mendiboure, construite en béton sur le haut de la plage, scelle définitivement la position du trait de côte et coupe les échanges sédimentaires entre les dunes et le rivage comme cela avait été déjà fait avec le mur de soutien dans les années 1930! Là aussi, l'histoire se répète...

    Désormais, tout est en place pour faire reculer la côte mais cette fois-ci, c'est l'érosion sous-marine qui bat son plein avec l'effondrement des petits fonds de plusieurs mètres de hauteur. En 2008, suite à des affouillements, les musoirs des digues des Sables d'Or et de Marinella se brisent...(20 page 45) En 2009, c'est à nouveau le cas pour la digue de Marinella qui perd 6 mètres de longueur au mois d'Octobre!.
    Le relevé des nouvelles limites du domaine public maritime, réalisé en 2009, fait état d'un recul moyen du trait de côte de 30 mètres entre 1978 et 2009 sur les plages allant des Sables D'or aux Dunes soit un mètre par an.(24, page 22)

    Le profil de la plage s'est profondément modifié, affectant toutes les activités de loisir des plages. Ainsi, après deux heures de marée montante, les spots de surf déclinent, les baignades en familles sont plus dangereuses. Les joggeurs ou les promeneurs ne peuvent plus se promener sur les plages devenues trop pentues.

    Madrague 2001/2012

    Comparatif X de la plage de la Madrague entre 2001 et 2012. Dans la partie supérieure de l'estran, la plage s'est bombée au fil du temps et le sable a fini par recouvrir la digue. Depuis le rivage, on ne voit plus le poste de secours. Un nouveau danger pour les baigneurs!

    Le haut de la plage voit s'accumuler du sable grossier tandis que la partie basse se vide de son sable fin aspiré par les activités de dragage. La plage des Dunes est la plus sévèrement touchée avec une pente de plus de 11.5% contre 5% constaté à la fin des années 80.(14) Il y a une perte de jouissance pour les usagers des plages d'Anglet, malgré des opérations de re-profilage dont l'effet, s'il est perçu positivement, reste éphémère.

    Ainsi, entre 1896 et 2009, le littoral angloy aura reculé de 130 à 200 mètres selon les plages.(1; 13; 28) Il aura perdu plus de 40 millions de m3 de sable par dragage et plus de 15 millions de m3 de sable par extraction littorale entre 1897 et 1975. (14; 30 page52; 31)

    évolution de la côte de 1896 à 2009

    Evolution de la côte angloye entre 1909 et 2009. (cliquez sur l'image pour un agrandissement)

    Alors que, depuis des siècles, la côte angloye gagnait naturellement des territoires sur la mer, les activités de dragage et les extractions littorales ont provoqué une catastrophe écologique en inversant la dynamique littorale. Y a t'il aujourd'hui prescription des préjudices causés par l'état sur les plages d'Anglet? Ce qui est sûr, c'est que cette érosion artificielle court toujours car les activités de dragage n'ont pas cessé à l'embouchure et provoquent toujours le recul des plages à chaque fois que le sable n'est pas ramené à la côte. La grande digue stoppe encore la source en sable et il existe toujours les extractions de sable dans le lit mineurs des rivières et le dragage de l'estuaire de l'Adour.
    La reprise du clapage côtier en 2010 est de bonne augure. Mais cette initiative n'est pas suffisante et coûte désormais au contribuable angloy qui reste la première victime de ces pratiques portuaires.

    L'achat d'une nouvelle drague par le port de Bayonne en 2014 a sonné comme un message d'espoir pour le littoral à condition qu'elle tienne ses promesses, c'est à dire réaliser 100% de clapage côtier avec les sables dragués à l'embouchure de l'Adour. Si cet objectif est atteint et pérennisé dans le temps, il y a fort à parier que l'érosion des plages s'arrêtera d'ici deux à trois ans et les plages se stabiliseront en l'état. Mais les angloys restent aujourd'hui inquiets de voir leurs plages si mal menées et sont nostalgiques de celles qu’ils ont connues autrefois.

    Hondara, future drague à demeure

    La nouvelle drague à demeure, prévue arriver en septembre 2015, s'appellera "HONDARA" ce qui signifie sable en basque!

    Depuis les érosions massives du début des années 1970 et les études du Laboratoire Central Hydrologique de France qui en ont suivi, la problématique angloye est amplement connue et l'étude de 1990 de P.Y. Landouer, ingénieur de la DDE de Bayonne attaché au littoral (14), est venue clôturer l'affaire en montrant les effets néfastes des activités portuaires sur les plages angloye. Depuis, tous les travaux scientifiques qui ont été menés n'ont fait que confirmer le problème en affinant les résultats. Il ne faut plus perdre de temps avec de nouvelles études coûteuses qui n'amèneront rien de neuf. Il s'agit juste de prendre les bonnes décisions politiques car nous avons un joyau malade à cause de l'ingérence de ceux qui ont développé le port au détriment de la nature. Les temps ont changé, la ville d'Anglet et le tourisme se sont développés, et une partie de la population veut défendre l’intérêt général que représente la sauvegarde d ses plages. L'élan de motivation des élus doit se développer au fil du temps car les plages d'Anglet méritent qu'on y consacre l'énergie et les moyens nécessaires pour éviter de perdre l'attractivité de l'économie touristique et l'attrait de l'esthétisme côtier(26). Si vous aussi, vous vous sentez concernés par cette problématique, rejoignez notre collectif "COLIAN" afin de manifester votre soutien à la protection des plages d'Anglet en vous inscrivant ici!

    L'équipe SosLa

    Bibliographie:

    (*) Lire épisode 1 SoSLA: "Anglet: du sable plus qu'il-n'en fallait, la vraie histoire."
    (0) S. Planton et Al. ONERC Rapport niveau de la_mer: "Le climat de la France au XXIe siècle"
    (1) C. Mignot et J. Lorin "Evolution du littoral de la côte des Landes et du Pays Basque au cours des dernières années".
    (2) A. Alexandre BRGM RP-52370-FR "Etude de l'érosion de la côte basque: synthèse bibliographique".
    (3) F. Jaupart "L'embouchure de l'Adour et ses variations après le détournement" Soc. SC L.A. Bayonne
    (4) Jean Dubranna, Thèse universitaire de génie civil 2007 "Etude des échanges sédimentaires entre l'embouchure de l'Adour et les plages adjacentes d'Anglet."
    (5) Monsieur Vionnois, ingénieur des Ponts et Chaussées au service du port et faisant partie de la commission spéciale crée en 1837 chargé de rechercher les moyens d'améliorer l'entrée du port de Bayonne, Annales des Ponts et Chaussées, BNF, 1858 "Histoire de l'Adour".
    (6) L'ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées 1867, Aliénation d'une carrière par la commune d'Anglet Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
    (7) J-C DELORME 1978 "Le port de Bayonne" IV centenaire du détournement de l’Adour.
    (8) Jean Jacques Anatole Bouquet de La Grye "Rapport Pont et Chaussées 1861" Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
    (9) Jean Thore, "Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe".
    (10) Ferdinand de la Roche Poncié, "Recherches hydrographiques sur le régime des côtes", cinquième cahier de 1870 à 1878.
    (11) Stéphane Abadie et Al. Rapport final pour la CABAB 2004 "Etude préliminaire du comportement hydro-sédimentaire du littoral d’Anglet et de l'entrée du port de Bayonne".
    (12) L'ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées, Rapport pour le préfet" 1897 Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
    (13) S. MANOUJIAN et C.MIGNIOT "un exemple des difficultés de protection du littoral contre l'érosion marine" 1978.
    (14) Pierre Yves Landouer, DDE de Bayonne "Défense du littoral d'Anglet, Golfe de Gascogne : un exemple dans une zone à forte houle." Bulletin 1990 n 71, page 40-49.
    (15) S. Abadie et Al. Journal of Coastal Research, Volume 24, Issue 1: 59-69. 2008 "Erosion Generated by Wave-Induced Currents in the Vicinity of a Jetty: Case Study of the Relationship between the Adour River Mouth and Anglet Beach, France"
    (16) Christophe Brière, Thèse universitaire de génie civil 2005 "Etude de l’hydrodynamique d’une zone côtière anthropisée: l’embouchure de l’Adour et les plages adjacentes d’Anglet
    (17) Etude monographique des fleuves et grandes rivières de France 12/2003 "Le bassin versant de l'Adour".
    (18) Mai 1966, Novembre 1969, Novembre 1972, Janvier 1973, Février 1973, Décembre 1974, Février 1975... Médiathèque Bayonne
    (19) Journal Sud-ouest Novembre 1974 Médiathèque de Bayonne.
    (20) D. Rihouet, VI ème Rencontres de Chiberta "Les plages d'Anglet… vers une gestion intégrée de la ressource en sable"
    (21) Nicolas Flanbergue, extrait de la peinture de 1612, Archive Médiathèque de Bayonne.
    (22) Aymeric Bayle et Pascal Dunoyer, Article Sosla de 2014, "Embouchure de l Adour, pourquoi si peu de sable du côté des plages de Tarnos, épisode 2".
    (23) Aymeric Bayle et Pascal Dunoyer, Article Sosla de 2014, "Embouchure de l'Adour, pourquoi si peu de sable du côté des plages de Tarnos, épisode 3".
    (24) Compte rendu de séance du conseil municipal de la ville d'Anglet le 07/04/2011.
    (25) H. Cavaillès, Annales de Géographie :"Le port de Bayonne" 15 Janvier 1907.
    (26) R. Young et A. Griffith, Program for the Study of Developed Shorelines, Western Carolina University, Cullowhee, NC, United States "Documenting the global impacts of beach sand mining"
    (27) M. F. Morel, "Bayonne, vues historiques et descriptives" 1836
    (28) Rapport BRGM R 40718- IFREMER Avril 1999 "Élaboration d'un outil de gestion prévisionnelle de la côte Aquitaine, phase 2" p18
    (29) S.O.G.R.E.A.H "Plage de Marinella". District B.A.B., rapport 1986; "Littoral d'Anglet" rapport 1988.
    (30) Rapport IFREMER DEL/AR: "Outil de gestion prévisionnelle de la côte aquitaine" Août 2001
    (31) SoSLa "L'histoire du mur de soutien à la plage de la Chambre d'Amour!" Décembre 2014
    (32) Pierre Laffargue: "Anglet, la Chambre d'Amour" 2007 Edition Atlantica
    (33) C. Benavides "Anglet en Carte postale Ancienne" 1976.

  • Anglet: du sable plus qu'il n'en fallait, la vraie histoire! 5/6

    III- Evolution de la côte Angloye de 1896 à nos jours:

    A partir de 1896, les services maritimes de Bayonne signalent que la phase d'engraissement des plages d'Anglet s'arrête.(14) Mais qu'a-t-il bien pu arriver d'anormal pour que l'évolution au sud de l'embouchure de l'Adour soit aussi perturbée?

    A- Les premiers désordres côtiers qui confirment le début d'une érosion artificielle:

    Après avoir formulé sa demande à l'Etat en 1892, et après des essais satisfaisants en 1893 et 1894, la Chambre de Commerce de Bayonne obtient l'autorisation de pratiquer le dragage continue de la barre de l'Adour dès 1896.

    dragage embouchure de l'adour

    "Schéma Q montrant le lien direct entre la zone de dragage et l'érosion du rivage par glissement. (Extrait du film "Le Sable, enquête sur une disparition" de D. Delestrac)

    Ces travaux retirent chaque année 350 000 mètres cubes de sable de la barre de l'Adour, pour être abandonné au large dans une zone de non retour. (2 et 11 page 40). C'est l'équivalent du volume de la Tour Montparnasse qui disparaît tous les ans avec des pics à 900 000 mètres cubes comme en 1904.(25) Ainsi, si le transit du sable dérivant des Landes vers les plages d'Anglet existait bien devant l'Adour, il est désormais altéré.(14) La disparition du sable marin provoque un effondrement des petits fonds se traduisant par une érosion des plages adjacentes. A terme, ce sont les plages plus au sud de la côte qui vont se trouver impactées. (Schéma Q)

    A partir du 1er Février 1897, un arrêté préfectoral autorise les extractions industrielles de sables et de graviers au sud de l'embouchure dans un intervalle de 25 à 225 mètres en dessous du niveau de la laisse des hautes mers. Quelques années plus tard, cette activité sera autorisée des deux cotés du fleuve.(12 et Photos R) Ainsi, 100 000 m3 de graviers disparaîtront tous les ans du littoral par la terre.

    Embouchure de l'Adour extraction de madrague littorale

    Photos R: Vue aérienne dans les années 50 des machines à extraire le sable de chaque côté de la sortie de l'Adour.

    .

    Au total, on retire en moyenne 500 000 mètres cubes de sable annuellement, soit l'équivalent de 41 000 camions-benne! Les techniques d'extraction de madrague se perfectionnant avec le temps,les volumes de sable qui seront prélevés devant les plages seront en constante augmentation!!(23)
    Malgré cela, la côte nord de l'embouchure de l'Adour continue à s'engraisser au même rythme qu'avant grâce à la dérive littorale, mais au sud de l'embouchure, les plages d'Anglet, elles, accusent le coup et marquent les premiers reculs au début du 20ème siècle.(22)

    Entre 1896 et 1953, les sondages du service hydrographique de la Marine constatent une inversion de l'évolution des profondeurs de la côte Angloye avec un recul de 3 à 4 mètres au niveau des petits fonds situés entre -7 à -3 mètres de profondeur.(1; 13) Entre 1898 et 1959, les services des Ponts et Chaussées notent un recul de 50 mètres de la laisse de pleine mer à 400 mètres au sud de l’ Adour.(13) La comparaison des limites du domaine maritime entre 1931 et 1954 conduit à une érosion de 50 à 75 mètres des plages d’Anglet.(13) Entre 1952 et 1963, c'est à dire au cours de la décennie qui a précédé la construction de la digue nord, le trait de côte a reculé de 35 mètres en moyenne correspondant à un recul de 3 à 4 mètres par an, sur une longueur de plus de 2 km au sud de l'embouchure. Ces résultats sont confirmés par les photos aériennes de l'Institut Géographique National effectuées en 1938, 1954, et 1962.(1; 13) P.Y. Landouer écrit en 1990: "Depuis cette époque (1886), le transport sédimentaire vers le sud semble non seulement avoir été interrompu, mais les plages d’Anglet ont aussi commencé à s’éroder".(14)

    Entre 1896 et 1953, J-C DELORME écrit que la totalité des sables dragués à l'embouchure représente 18 500 000 mètres cube en ordre de grandeur. Les matériaux étaient déversés à 2 ou 3 km de la côte dans l'ouest de la passe d'entrée où ils ne tardaient pas à former un haut fond à -12 ou -14 mètres, là où il existait initialement des profondeurs de plus de 20 mètres!(7)

    Les premiers dégâts visibles à l'échelle humaine sont reportés lors de la tempête du 9 Janvier 1924 qui va faire date dans les annales locales:

    Au nord du littoral, l'enclos de l'hippodrome, implanté en 1874 à plus de 100 mètres de la laisse des hautes mers, est totalement ravagé! Les tribunes bâties sur la dune littorale ont été submergés ainsi qu'une partie du champ de course. Il faudra de longs et coûteux travaux pour remettre en état le site.(33) Au fil du temps, le trait de côte ne cessera de reculer et l'océan attaquera les blockhaus qui coloniseront l'enclos.

    Hippodrome de la barre 1904 Archives départementales Pau

    L'hippodrome de la barre en 1904. L'enclos de l'hippodrome a été construit sur la dune herbeuse qui se situait à plus de 50 mètres du trait de côte lors de son achat par adjudication de l'état en décembre 1873. (Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

    Au sud des plages, à la petite Chambre d'Amour, cette intempérie emporte le quai de la promenade ainsi que le premier établissement de bain angloy construit 10 mètres en arrière.

    Petite chambre d'Amour 1911

    petite Chambre d'Amour

    Comparatif de la plage de la petite Chambre d'Amour avant et après la fameuse tempête de 1924.(En haut, photo S de 1911, en bas, photo T de 1929)

    L'ancien établissement bâti en 1884 a été balayé par les vagues et reconstruit plus en arrière (Photo T). La plage est descendue de plusieurs mètres de haut et présente désormais des falaises vives, signe d'une forte érosion. La végétation devant le quai a littéralement disparu. Le recul de la côte est estimé à une trentaine de mètre entre la prise des deux photos. L'érosion des plages devient concrète pour les habitants. Mais en connaissent-ils vraiment la cause?

    Rappelez-vous en 1872 (épisode 4), soit 50 ans plutôt, l'Etat attribuait une bande de terre à la commune d'Anglet suite à l’avancée perpétuelle des plages d'Anglet sur la mer. (schéma P)

    chambre d'amour 1896 archives départementale de Pau

    Schéma P: extrait des relevés établis par les ingénieurs des Ponts et Chaussés publiés en 1896. (Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

    En 1928, un autre quai voit le jour, mais cette fois-ci, à la Chambre d'Amour, pour le projet en front de mer d'un "Club sélect" avec piscine. Quelques années après, ce quai sera prolongé vers le nord jusqu'à la plage des Corsaires pour créer une route littorale. Jamais les investisseurs de l'époque n'auraient pu imaginer que l'écologie des plages avait été tant perturbée par les activités humaines à l'entrée de l'Adour. Pour la ville d’Anglet, ce mur de soutien sera, à l'avenir, le témoin d'une avancée inexorable de la mer sur la terre. Cela se traduit dans un premier temps par des désensablements réguliers au pied du mur, avant de voir apparaître les premières dégradations sérieuses en 1963. Certes, sa construction aura accéléré l'érosion de la plage en stoppant les échanges sédimentaires entre le rivage et les dunes, mais si les plages avaient continué leur avancée naturelle sur la mer, sous l’accumulation permanente du sable que l'océan livrait quotidiennement, ce mur serait devenu une curiosité de plus en plus éloignée des vagues.

    La plage du Club au début des années 30, quelques années après l'édification du mur de soutien. A cette époque et depuis 1896, les plages d'Anglet reculent d'un mètre par an .

    plage du  Club entre 1930-1935Plage du Club vers 1960

    La plage du Club au tout début des années 60 avec bien moins de sable

    La plage du Club s'est décaissée au fil des décennies et le phénomène s'accélère. Sauter depuis le quai est devenu dangereux! Pour accéder à la plage, de nouveaux escaliers en bois ont été installés à la place des anciens escaliers de pierre disparus. Quelque chose se préparait-il? C'est ce que nous verrons lors de notre dernier épisode sur l'évolution des plages d'Anglet à travers le temps.

    L'équipe SosLa

    Bibliographie:

    (*) Lire épisode 1 SoSLA: "Anglet: du sable plus qu'il-n'en fallait, la vraie histoire."
    (0) S. Planton et Al. ONERC Rapport niveau de la_mer: "Le climat de la France au XXIe siècle"
    (1) C. Mignot et J. Lorin "Evolution du littoral de la côte des Landes et du Pays Basque au cours des dernières années".
    (2) A. Alexandre BRGM RP-52370-FR "Etude de l'érosion de la côte basque: synthèse bibliographique".
    (3) F. Jaupart "L'embouchure de l'Adour et ses variations après le détournement" Soc. SC L.A. Bayonne
    (4) Jean Dubranna, Thèse universitaire de génie civil 2007 "Etude des échanges sédimentaires entre l'embouchure de l'Adour et les plages adjacentes d'Anglet."
    (5) Monsieur Vionnois, ingénieur des Ponts et Chaussées au service du port et faisant partie de la commission spéciale crée en 1837 chargé de rechercher les moyens d'améliorer l'entrée du port de Bayonne, Annales des Ponts et Chaussées, BNF, 1858 "Histoire de l'Adour".
    (6) L'ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées 1867, Aliénation d'une carrière par la commune d'Anglet Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
    (7) J-C DELORME 1978 "Le port de Bayonne" IV centenaire du détournement de l’Adour.
    (8) Jean Jacques Anatole Bouquet de La Grye "Rapport Pont et Chaussées 1861" Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
    (9) Jean Thore, "Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe".
    (10) Ferdinand de la Roche Poncié, "Recherches hydrographiques sur le régime des côtes", cinquième cahier de 1870 à 1878.
    (12) L'ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées, Rapport pour le préfet" 1897 Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
    (13) S. MANOUJIAN et C.MIGNIOT "un exemple des difficultés de protection du littoral contre l'érosion marine" 1978.
    (14) Pierre Yves Landouer, DDE de Bayonne "Défense du littoral d'Anglet, Golfe de Gascogne : un exemple dans une zone à forte houle." Bulletin 1990 n 71, page 40-49.
    (16) Christophe Brière, Thèse universitaire de génie civil 2005 "Etude de l’hydrodynamique d’une zone côtière anthropisée: l’embouchure de l’Adour et les plages adjacentes d’Anglet
    (17) Etude monographique des fleuves et grandes rivières de France 12/2003 "Le bassin versant de l'Adour".
    (21) Nicolas Flanbergue, extrait de la peinture de 1612, Archive Médiathèque de Bayonne.
    (22) Aymeric Bayle, Article Sosla de 2014, "Embouchure de l Adour, pourquoi si peu de sable du côté des plages de Tarnos, épisode 2".
    (23) Aymeric Bayle, Article Sosla de 2014, "Embouchure de l'Adour, pourquoi si peu de sable du côté des plages de Tarnos, épisode 3".
    (25) H. Cavaillès, Annales de Géographie :"Le port de Bayonne" 15 Janvier 1907.
    (27) M. F. Morel, "Bayonne, vues historiques et descriptives" 1836
    (33) C. Benavides "Anglet en Carte postale Ancienne" 1976.

  • Campagne de dragage printemps 2015: encore un très beau résultat !

    La drague Albatros embouchure de l'Adour

    Sortie de la drague l'Albatros au niveau de la tour de pilotage de l'embouchure de l'Adour. Mars 2015

    Vendredi 17 Avril 2015 à 9h28, la drague aspiratrice ALBATROS quitte le port de Bayonne pour une nouvelle mission à Liverpool en Angleterre. En effet, elle vient de terminer les travaux d'entretien de l'embouchure de l'Adour et du banc St Bernard. Cette campagne de dragage a duré un mois, jour pour jour. Durant cette période, le navire a dragué 242 683 m3 de sable à l’embouchure, ce qui représente 196 chargements (l'équivalent de 20 200 camions benne!) et 11 jours de travail 24h/24h!

    Journée de navigation de la drague le 2503 2015

    Une journée de navigation de la drague Albatros parmi tant d'autres. Elle a alterné sa position entre dragage à l'embouchure de l'Adour/clapage côtier et dragage du banc St Bernard/clapage au large

    La drague Albatros est une petite drague construite en Hollande en 2013, mesurant 72 m de long pour 9,50 m de large et possédant un tirant d'eau très faible de 3 mètres de profondeur. Sa capacité en puits est de 1240 m3 de sable, ce qui l'oblige à un travail de fourmis contrairement aux grosses dragues de la Société de Dragage Internationale(SDI) vues lors des précédentes campagnes. Afin d'être au plus près de sa mission de clapage côtier et d'être en harmonie avec l’environnent littoral que représentent les plages d'Anglet, elle a du alterner entre dragage à l'embouchure de l'Adour/clapage côtier et dragage du banc St Bernard/clapage au large en fonction de l'état de la mer. Cela explique pourquoi on l'a vue certains jours devant la côte et d'autres jours du côté du fleuve parfois les deux, afin d'optimiser au mieux son travail. Ainsi, sur les 196 chargements de sable à l'embouchure, 195 ont fini devant les plages, soit 241 810 m3 immergés en zone côtière. Seulement 0.4% des sables ont été perdus au large affichant un très beau résultat et ce, sans l'intervention exceptionnelle d'une autre drague de la SDI comme à l'automne 2014. Quel beau progrès!
    Seul bémol, le faible tirant d'eau aurait pu permettre au navire de se rapprocher certains jours plus près de la côte...

    La drague Albatros durant un clapage côtier devant les Sables d'Or

    La drague Albatros durant un clapage côtier devant les Sables d'Or lors d'une belle journée de printemps.

    La drague Albatros possède des dimensions très proches de la future drague à demeure "Hondarra". C'est la taille idéale pour maintenir les profondeurs à l'embouchure de l'Adour tout en répondant à une gestion intégrée du sable des plages d'Anglet. La future drague, livrée après l'été 2015, sera équipée d’une élinde capable d'aspirer le sable jusqu'à 20 mètres de profondeur et d'une benne pour nettoyer les pieds de quai et garantir les souilles. Il y aura deux équipages de 5 marins qui tourneront tous les 7 jours à bord. Ils travailleront uniquement de jour et hors saison soit au total 200 jours dans l’année. Cela laissera suffisamment de temps pour réaliser 100% de clapage côtier dans les meilleurs conditions avec un équipage expérimenté. On la verra probablement claper plus près du rivage pour un résultat côtier plus performant, car c'est la clé de la réussite de ces opérations!

    L'équipe SoSLa

    la drague Albatros de retour d'un clapage côtier devant la plage de l'Ocean

    Des enfants sur la plage, des surfeurs dans les vagues et une drague qui effectue du bon travail. Une formule qui a déjà fait ses preuves dans les années 80

  • Anglet: du sable plus qu'il n'en fallait, la vraie histoire! 4/6

    Nous avons pu observer à l'aide des cartes historiques que les plages de la Chambre d'Amour se sont engraissées avec le temps, et qu'elles se sont alignées avec la côte nord d'Anglet et le sud du littoral des Landes. Mais ici, quels sont les constats des scientifiques de l'époque qui confirment ces impressions?

    C- Des constats scientifiques au sud de la côte Angloye.

    - Début 1800, Jean Thore, médecin et botaniste français, s’intéresse de près à la nature géologique des sols du sud-ouest de la France et à ses rapports avec la santé humaine. Il profite de son passage à Bayonne pour faire une description géologique de la Chambre d'Amour et de son évolution. Il écrit: " La côte se présente telle quelle, rocheuse devant l'auteur mais il entend qu'elle devait être jadis plus importante avant d'être érodée par les vagues et envahie par les sables...." puis il signale un peu plus loin "Une grande anse dont une partie est accessible uniquement lors des très basses marées. Dans tout le reste, la mer s'y brise avec un fracas épouvantable."(9, page 292) Il laisse entendre que les "falaises mortes" de la petite Chambre d’Amour d'aujourd'hui étaient (photo M), il y a 200 ans, des falaises vives balayées par les vagues!

    falaises mortes de la petite Chambre d'Amour 2013

    "Photo M: les falaises mortes de la petite Chambre d’Amour durant l'hiver 2013 sont composées de grès et de calcaire gréseux"

    Il ajoute: "La Chambre d'Amour, si basse et presque totalement abandonnée par la mer aujourd'hui, formait, il n'y a peut être pas trois siècles, une vaste et haute caverne toujours baignée par les eaux de l'océan, qui ne la visitent aujourd'hui qu'à l'époque des grandes marées, s'en éloignant par conséquent peu à peu, en déposant, à son intérieur et aux environs, les sables qu'il vomit… ainsi la Chambre d'Amour disparaîtra entièrement".(9, p 290 et Photo M)

    Jean Thore décrit aussi la célèbre grotte de la Chambre d'Amour: "La grotte s'encombre peu à peu de sable et la basse mer en permet aujourd'hui l'entrée pendant les 3/4 de l'année. Elle sert de retraite aux pasteurs et aux moutons en cas de mauvais temps...." et un peu plus loin de rajouter: "que le sol de la grotte s'est exhaussé expliquant qu'il y ait des graffitis là ou aujourd'hui, il est impossible d'aller" (9, page 289)
    La légende des amoureux qui y périrent noyés parait maintenant plus évidente. Ainsi cette endroit fut longtemps un lieu de refuge rythmé par les marées avant d'être envahi par les sables.(Photo N)

    La grotte de la Chambre d'Amour 2013

    "Photo N: la grotte de la Chambre d’Amour en 2013"

    - En 1836, Félix Morel observait que les eaux de la marée montante n'arrivaient plus à la grotte et les sables chassés par les vents en embarrassaient l'entrée. "c'est en se traînant sur le ventre qu'on peut pénétrer dans la grotte..." (27)

    - En 1850, la municipalité a alloué une somme d'argent pour procéder à l'ouverture de la Chambre d'Amour...et de l'entretenir, car elle était submergée par les sables et était en train de disparaître pour toujours.(32 p18)

    - En 1858, l'ingénieur Vionnois des Ponts et Chaussées rédigeait dans son rapport: " La chambre d'Amour, autrefois baignée par la mer, aujourd'hui ne l’est plus et se trouve obstruée par les sables, qui ont doublé la pointe qui porte le même nom et s'appuient actuellement sur les rochers de la pointe St Martin. Au début de ce siècle, la première de ces pointes ne découvrait que lors des marées de vives eaux, qui maintenant l'atteignent seules. La mer a donc abandonné son littoral en cette partie, par suite de l'accumulation des sables, et on évalue sa marche rétrograde à près de 3 mètres par an"(5, page 276)

    anglet Chambre d'Amour 1870 Archives départementales de Pau

    Schéma O: extrait des relevés établis par les ingénieurs des Ponts et Chaussés publiés en 1870 (Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

    Suite au calcul des limites du territoire maritime effectués entre 1861 et 1870, l'engraissement de la plage de la Chambre d’Amour est évalué en moyenne à 3 mètres par an et ce, à 4 kilomètres de l’embouchure! La végétation dunaire sur le haut de la plage, a elle aussi progressé. Enfin, les relevés bathymétriques à -10 mètres au droit des plages montrent là aussi une progression des plages sous marines et des petits fonds vers le large. (Schéma O)

    F. de la Roche Poncié, ingénieur hydrographe de la fin du 19 ème siècle, signale en 1878 dans ses recherches que les plages au nord de la pointe Saint Martin s’avancent chaque année dans la mer, et qu'il en est de même de la Grande Plage à Biarritz qui en 50 ans à progressé de 84 mètres (10) .

    Cette circulation du sable entre la Chambre d'Amour et la Grande plage de Biarritz est liée au rapprochement des petits fonds et des plages sous marines devant la pointe St Martin suite à l’engraissement de la côte angloye par la dérive littorale nord sud. Soixante dix ans plus tôt, J. Thore laissait déjà entrevoir cette évolution: "L'auteur avait déjà remarqué un transit nord-sud qui nourrissait les plages de Biarritz et du vieux port par les plages d'Anglet et le nord".(9, page 289). L'échange sédimentaire entre les plages d'Anglet et celles de la grande plage de Biarritz était un phénomène qui prennait de l'ampleur. Cette accumulation de sable contre la pointe Saint Martin a dû, au cours du 19 ème siècle, participer grandement à la protection de ses falaises en diminuant le travail de sape infligé par les vagues.

    chambre d'amour 1872 archives départementale de Pau

    Schéma P: extrait des relevés établis par les ingénieurs des Ponts et Chaussés publiés en 1869 (Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

    Fort de cet engraissement sédimentaire sans fin, l’Etat attribut à la ville d’Anglet en 1872 les nouveaux territoires gagnés sur la mer. (Schéma P)

    Entre 1578 et 1892, la terre aura gagné à la Chambre d'Amour au minimum 300 mètres sur l'océan créant le charme incontestable de ses plages, que même Napoléon vint chevaucher à plusieurs reprises au début du 19 ème siècle!

    Le sud du littoral angloy  début 1900

    Carte postale datée début 1900, laissant imaginer l'étendue des terres gagnées sur la mer et le charme d’antan de ce lieu.

    Depuis son ouverture à Boucau, l’embouchure de l’Adour a progressé d’environ 1000 mètres vers le large(14) malgré le réchauffement climatique (anthropocène), et le littoral voisin s’est orienté perpendiculairement à la direction des houles incidentes"(4). Il est très clair et très net que les plages d’Anglet vivent depuis plusieurs siècles, voire même depuis 7000 ans, un vrai paradoxe qui va à l'encontre des idées reçus avec l'avancée de la terre sur la mer, alors que la côte aquitaine recule inexorablement depuis plusieurs siècles. Ce phénomène est si important qu'il alimente progressivement les plages de Biarritz depuis plusieurs décennies. Mais les activités de dragage, testées dès 1893 à l'entrée de l'Adour et validées en 1896, vont modifier l'écologie des lieux en provoquant l’inversion de la tendance. Ainsi plusieurs siècles d’engraissement naturel vont céder la place à une érosion artificielle qui, hélas, va se maintenir jusqu’à nos jours. C'est ce que nous verrons au cours des deux prochains épisodes...

    Evolution de la côte angloye entre 1578 et 1896

    Bilan de l’évolution du littoral entre 1578 et 1896.

    L'équipe SoSLa

    (*) Lire épisode 1 SoSLA: "Anglet: du sable plus qu'il-n'en fallait, la vraie histoire."
    (0) S. Planton et Al. ONERC Rapport niveau de la_mer: "Le climat de la France au XXIe siècle"
    (1) C. Mignot et J. Lorin "Evolution du littoral de la côte des Landes et du Pays Basque au cours des dernières années".
    (2) A. Alexandre BRGM RP-52370-FR "Etude de l'érosion de la côte basque: synthèse bibliographique".
    (3) F. Jaupart "L'embouchure de l'Adour et ses variations après le détournement" Soc. SC L.A. Bayonne
    (4) Jean Dubranna, Thèse universitaire de génie civil 2007 "Etude des échanges sédimentaires entre l'embouchure de l'Adour et les plages adjacentes d'Anglet."
    (5) Monsieur Vionnois, ingénieur des Ponts et Chaussées au service du port et faisant partie de la commission spéciale crée en 1837 chargé de rechercher les moyens d'améliorer l'entrée du port de Bayonne, Annales des Ponts et Chaussées, BNF, 1858 "Histoire de l'Adour".
    (6) L'ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées 1867, Aliénation d'une carrière par la commune d'Anglet Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
    (7) J-C DELORME 1978 "Le port de Bayonne" IV centenaire du détournement de l’Adour.
    (8) Jean Jacques Anatole Bouquet de La Grye "Rapport Pont et Chaussées 1861" Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
    (9) Jean Thore, Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe.
    (10) Ferdinand de la Roche Poncié, "Recherches hydrographiques sur le régime des côtes", cinquième cahier de 1870 à 1878.
    (14) Pierre Yves Landouer, DDE de Bayonne "Défense du littoral d'Anglet, Golfe de Gascogne : un exemple dans une zone à forte houle." Bulletin 1990 n 71, page 40-49.
    (21) Nicolas Flanbergue, extrait de la peinture de 1612, Archive Médiathèque de Bayonne.
    (27) M. F. Morel, "Bayonne, vues historiques et descriptives" 1836
    (32) Pierre Laffargue: "Anglet, la Chambre d'Amour" 2007 Edition Atlantica

  • Anglet: du sable plus qu'il n'en fallait, la vraie histoire! 3/6

    Après ce petit survol de la côte angloye avec des cartes anciennes, rentrons maintenant dans le détail avec des constats précis qui confirment les premières impressions. Le grand chantier du détournement de l'Adour et les péripéties qui en découlent, ont eu le mérite de laisser derrière eux de nombreux récits d'ingénieurs témoignant de l’évolution du trait de côte angloy au cours de cette période.

     

    B- Des constats scientifiques au nord de la côte angloye.

    Voici l'historique des aménagements à l’embouchure du fleuve entre 1578 et 1978:

    Aménagement de l'Embouchure de l'Adour

    Schéma J: Historique des endiguements à l'embouchure de l'Adour de 1578 à 1978, (J.-L. DELORME, Le port de Bayonne 1978)

    Après le détournement de l'Adour, les ingénieurs du Génie Militaire se sont appliqués à construire des digues, les unes à la suite des autres et toujours plus à l'ouest pour canaliser la sortie du fleuve dans l'axe que lui avait donné Louis de Foix en 1578 (schéma J). A partir de 1808, les ingénieurs des Ponts et Chaussées reprennent la tâche et doivent à leur tour lutter en permanence contre le débordement des sables venant de la côte nord.(carte F) et (5) et (27, p97)

    J-C DELORME relève dans son étude "Le port de Bayonne"(7), que les ingénieurs des Ponts et Chaussées ont conclu que les plages, avec la dérive littorale, avaient progressé en même temps que les ouvrages d’endiguement et que le phénomène avait duré jusqu’en 1892.

    J.J.A. Bouquet de La Grye, célèbre ingénieur hydrographe des côtes françaises, dans un rapport pour le ministre de la Marine, s'interroge à son tour en 1861 sur les travaux de la Barre de l’Adour: « Les aménagements de l'embouchure du fleuve stopperont-ils l'ensablement et l'avancée de la terre sur la mer liés à l'arrivée massive du sable du nord vers le sud?" Sa conclusion est "évidemment non !" et il ajoute que "le pis d'arriver serait de rajouter quelques mètres tous les vingt ans aux digues de l'embouchure!"(8)

    Sur le schéma J, on aperçoit les deux tours de pilotage construites à 132 ans d'intervalle. Si l'on mesure la distance qui les séparent aujurd'hui, on trouve une longueur de 640 mètres.

    distances entre les deux tours des signaux

    Photo K: Entrée de l'Adour en 2006, origine Google Earth

    La première tour de guidage fut construite en 1734 pour aider visuellement les navires à franchir la Barre. 132 ans plus tard, suite à l'avancée de la terre sur la mer, une nouvelle tour de guidage est nécessaire et construite plus à l'ouest pour offrir une meilleure visibilité aux navires en approche suite à l'avancée de la terre sur la mer. (Photo K)

    Dessin antérieur à 1850 de Blanche Hennebutte.

    Première tour de guidage construite en 1734Deuxième tour de guidage construite en1866

    Le même endroit, photographié en 2013. L’ancienne tour fut démontée et sert, aujourd’hui, de capitainerie du port .

     

    En 1869, les Ponts et Chaussées font le point des connaissances sur l'évolution de l'embouchure de l'Adour:

    1869 Ponts & Chaussées archives départementales de Pau

    Dessin L extrait des relevés établis par les ingénieurs des Ponts et Chaussés, publiés en 1869 (Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

    Les tracés colorés et datés du dessin L correspondent aux différents traits de côte relevés à l'embouchure de l'Adour sur 5 périodes. Au fur et à mesure que les années s'écoulent, on voit nettement que la terre gagne sur la mer à un rythme moyen de 2 mètres par an au nord et de 4,5 mètres par an au sud et ce, pendant les 170 années observées. L’embouchure de l’Adour est bien en phase d’engraissement jusqu‘à la fin du 19ème siècle! Ce fait important va à l'encontre des idées reçues, comme le précisait P-Y Landouer, ingénieur à la DDE de Bayonne en 1990.(14)

    Les terrains gagnés sur la mer au nord d'Anglet sont énormes. Ils seront utilisés dans un premier temps pour y faire pousser des vignes, avant qu'on y implante l'hippodrome de la barre en 1870. Rien n'inquiète le propriétaire de ce nouveau terrain de jeu, qui fait construire des tribunes et des écuries, dos à l'océan entre la plage et le champs de course! (voir carte I)

    Hippodrome de la barre début 1900

    L'hippodrome de La Barre début 1900, construit sur les terres nouvellement formées et composées uniquement de sable.

     

    Entre 1578 et 1892, l'accumulation excessive de sable sur les plages d'Anglet aura permis de gagner près de l'embouchure plus de 900 mètres de terre sur l'océan, créant ainsi des lacs, des surfaces dunaires et des terrains boisés.
    Au prochain épisode, nous verrons d'autres constats scientifiques concernant la Chambre d'Amour!

    L'équipe SosLa

     

    (5) Monsieur Vionnois, ingénieur des Ponts et Chaussées au service du port et faisant partie de la commission spéciale crée en 1837 chargé de rechercher les moyens d'améliorer l'entrée du port de Bayonne, Annales des Ponts et Chaussées, BNF, 1858 "Histoire de l'Adour".
    (7) J-C DELORME 1978 "Le port de Bayonne" IV centenaire du détournement de l’Adour.
    (8) Jean Jacques Anatole Bouquet de La Grye "Rapport Pont et Chaussées 1861" Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
    (14) Pierre Yves Landouer, DDE de Bayonne "Défense du littoral d'Anglet, Golfe de Gascogne : un exemple dans une zone à forte houle. Bulletin 1990 n 71, page 40-49.
    (27) M. F. Morel, "Bayonne, vues historiques et descriptives" 1836

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